7 janvier 2015 à Paris

Stupeur, sidération, les enfants nous ont vus décomposés et muets devant l’énormité de l’événement. Mais il faut bien sortir du silence, qui les angoisse plus que tout et leur parler, avec les mots les plus adaptés en fonction de leur âge, de leur maturité, de leur propre questionnement.

Article de Béatrice Copper-Royer, psychologue. Publié sur le site Le Monde

Avant hier,  je faisais le vœu que nous n’écoutions pas trop nos peurs, pour ne pas en encombrer nos enfants…. Et voilà qu’hier, la peur nous submerge et que nous plongeons dans l’horreur avec l’assassinat de douze personnes au magazine Charlie Hebdo.

Stupeur, sidération, les enfants nous ont vus décomposés et muets devant l’énormité de l’événement. Mais il faut bien sortir du silence, qui les angoisse plus que tout et leur parler, avec les mots les plus adaptés en fonction de leur âge, de leur maturité, de leur propre questionnement.

Car si les plus petits n’ont pas bien compris, ils ont ressenti à coup sûr les émotions de leurs proches, la peur, la tristesse, le dégoût. Certains ont vu des images sur les écrans qui les ont fascinés : voiture de police, Samu, et ces hommes cagoulés en noir brandissant des mitraillettes. La présence d’un adulte, qui ne nie pas sa stupeur, mais la partage avec l’enfant en l’entourant de son affection est nécessaire. Elle le sort aussi de l’excitation que peuvent toujours susciter les images violentes et le ramène à la gravité de l’événement.

Et puis bien sûr, il faut s’efforcer d’expliquer, de façon simple, à ceux qui sont trop grands pour être épargnés et trop petits pour tout saisir, le fanatisme de certains qui tuent au nom de leurs croyances. Un garçon de 9 ans me disait hier après-midi avec ses mots : « Ils les ont tués parce qu’ils croient qu’ils ont raison et que ils veulent que tout le monde croit comme eux ». Il avait compris l’essentiel. Il fallait lui confirmer qu’aucune croyance ne méritait une telle violence. Mais je sentais chez lui la frayeur et il fallait bien trouver les mots pour le rassurer. Lui dire qu’il n’était pas directement menacé, que les mesures pour protéger les écoles étaient renforcées car il se rappelait parfaitement l’affaire Merah. Que l’Etat et la police étaient mobilisés pour assurer encore davantage notre sécurité et qu’il fallait leur faire confiance car ils avaient les moyens de le faire. Leur expliquer tout en les rassurant, ce sont les deux axes qui doivent orienter nos propos auprès des plus jeunes.

Quant aux adolescents, ils sont des interlocuteurs à part entière et il est essentiel que les adultes qui les entourent – en famille, dans les collèges, dans les lycées – les fassent réfléchir et mettre leurs propres mots sur de tels événements. Pas juste une minute de silence, et l’on passe à autre chose, mais qu’ils organisent de vraies discussions et même peut-être qu’ils leur fassent écrire ce qu’ils pensent et ressentent, pour que l’élaboration psychique soit réelle.

Car ces événements les renvoient à la notion capitale de tolérance, qui, à leur échelle, est souvent bien bafouée. Les réseaux sociaux sont pleins de leurs paroles injurieuses, de leur calomnies sur les uns et les autres. Qu’un drame comme celui du 7 janvier soit l’occasion de leur rappeler qu’il n’y a jamais de banalité à bafouer et que le respect de l’autre, de ce qu’il est, de ce qu’il pense, même si l’on n’est pas d’accord, assure la vie en communauté.

Béatrice Copper-Royer

A lire :  Le Petit Quotidien met son dernier numéro en accès gratuit, en hommage aux victimes de l’attentat à la rédaction de Charlie Hebdo, afin d’aider les parents à aborder le sujet avec leurs enfants.

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